Hokusai : Comment peindre la Grande Vague de Kanagawa

Comment réaliser une reproduction réaliste de l’estampe du peintre HOKUSAI, nommée La Grande Vague de Kanagawa ?

C’est le défi que m’a lancé un de mes proches qui revenait enchanté de l’exposition Hokusaï à Paris. L’ayant relevé, j’ai le plaisir de partager avec vous la marche que j’ai suivie.

 

Hokusai - La Grande Vague de Kanagawa - OriginalIl existe de très nombreuses reproductions de cette fameuse estampe, avec une infinie variété de tonalités. J’ai choisi celles avec lesquelles je me sentais le plus en harmonie. Vous pourrez en faire de même si vous choisissez de vous lancer, vous aussi, dans l’aventure. Les couleurs originales ayant vieilli et foncé au fil des décennies, j’ai opté pour plus de lumière.

 

HOKUSAI, UN PEU D’HISTOIRE

Katsushika HOKUSAI (1760-1849) est un des peintres-graveurs les plus connus au monde, notamment pour ses représentations du Mont Fuji et la Grande Vague de Kanagawa, réalisée vers 1831. Son œuvre influença de nombreux artistes européens, en particulier Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et Alfred Sisley. Certains le considèrent aussi comme le père du MANGA. Il se nommait lui-même le fou du dessin.

Ses estampes étaient gravées sur bois. Chaque couleur était appliquée sur une planche de bois gravée, dédiée uniquement aux motifs d’une couleur : une planche pour le dessin à l’encre, une planche pour le lavis à l’encre légère, une pour le bleu pâle, etc.

Le papier passait de planche en planche. L’ajustage de la feuille était minutieux mais permettait ensuite de nombreuses reproductions. Les planches de bois s’usant et l’encrage à la main de chacune d’elles variant au fil des ans, aucune estampe n’était totalement semblable à une autre.

L’estampe de la vague fut assez révolutionnaire en son temps, notamment pour l’utilisation nouvelle du bleu de Prusse dans une estampe japonaise (technique apparue en 1829).

Présentation de l’exposition Hokusaï sur :

http://www.francetvinfo.fr/culture/expos/video-coup-de-projecteur-sur-lexposition-hokusai-au-grand-palais_740037.html

 

RÉALISATION

Alors comment faire pour se rapprocher du résultat obtenu par les gravures et les différents encrages de l’estampe ?

J’ai travaillé couleur par couleur, à l’aquarelle et à l’encre de chine, mais un peu dans le désordre. En effet, pour un rendu plus velouté, j’ai travaillé le ciel en technique d’aquarelle humide. Pour éviter que l’encre de chine, mouillée plusieurs fois, ne finisse par couler, j’ai préféré commencer par le dessin au crayon graphite, puis appliquer couleur après couleur, de la plus claire à la plus foncée et, enfin, tout redessiner à l’encre de chine.

 

1ere ETAPE : LE DESSIN

J’ai choisi une feuille de papier Arches pour aquarelle et détrempe (300 g/m² pour plus de tenue à l’eau), Grain Satiné pressé à chaud, pour plus de velouté, mais plus difficile à travailler.

Après avoir scotché ma feuille sur un support pour l’empêcher de gondoler, j’ai reproduit minutieusement le dessin au crayon, en insistant sur tous les détails, y compris les gouttes d’eau. On trouve, sur le net, de nombreuses reproductions de l’original qui permettent d’agrandir les détails. Voici la photo de mon livre :

Hokusai - La Grande Vague de Kanagawa - Dessin

 

2e ETAPE : LE LIQUIDE DE MASQUAGE

J’ai d’abord enduit un pinceau, fin et pas trop souple, de savon pour le protéger et l’ai légèrement essuyé avant de le tremper dans la gomme liquide de masquage, drawing gum.

J’ai masqué les contours des vagues jouxtant le ciel, tout le rectangle dédié à la calligraphie, le haut des barges et les têtes des rameurs, la cime neigeuse du Mont Fuji et… toutes les gouttes d’eau ! Ceci afin d’appliquer les différentes couleurs en toute sécurité. J’ai oublié quelques gouttelettes. Quelle galère !

Ensuite, j’ai soigneusement lavé mon petit pinceau, dédié au liquide de masquage, à l’eau savonneuse.

Quelques jours ont passé avant que je m’attaque au défi majeur : le ciel, qui fera l’objet d’un prochain article.

En attendant, bon courage à vous si vous aimez dessiner et peindre…

 

3e ETAPE : LE CIEL DE LA GRANDE VAGUE DE KANAGAWA

Dans la méthode de l’estampe d’Hokusaï, le premier passage est une encre très diluée. J’ai préféré passer un lavis JAUNE DE NAPLES en premier et « salir » légèrement le ciel avec l’encre très diluée, ensuite. Grâce à l’application, en mouillé sur mouillé, du jaune de Naples en premier, le papier blanc est protégé et permet de travailler plus facilement les phases ultérieures.

J’ai préparé un godet de jaune de Naples dilué. Puis j’ai mouillé entièrement la surface du ciel, en contournant la vague et tous ses crochets, le Mont Fuji, la barge et les rameurs. J’ai dû humidifier plusieurs fois le haut du ciel qui avait tendance à sécher trop vite.

J’ai ensuite appliqué le jaune de Naples liquide en contournant les nuages et tout le drawing gum (et en passant sur le cartouche de calligraphie qui était protégé). Avec un pinceau humide, trempé dans l’eau claire puis essuyé, j’ai affiné les contours de l’intérieur des nuages.

Pendant le séchage du ciel, j’ai préparé deux godets : le premier pour une encre de chine extrêmement diluée, destinée à « salir » tout le ciel, le deuxième pour une encre un peu plus foncée destinée au bas du ciel orageux et au creux de la vague, en haut à gauche, à côté de la calligraphie (choix personnel). Vous pourrez foncer plus que moi la zone orageuse, selon vos goûts. Mais par étapes, pour éviter le pâté…

J’ai remouillé tout le ciel, comme précédemment, et ai appliqué ces deux lavis : le lavis d’encre claire dans le mouillé, puis le lavis d’encre foncée dans le frais (un peu moins mouillé, qui avait un peu séché). Après séchage complet, j’ai reproduit les opérations pour ajuster les teintes qui ne me plaisaient pas totalement. En procédant par étapes, j’espérais éviter les grosses catastrophes. Ouf !

Je me suis alors aperçue que le jaune était trop pâle et trop jaune à mon goût. J’ai donc préparé un godet avec un peu de jaune de Naples et d’orange de Chine très dilués. Je n’aurais pas pu juger de la tonalité souhaitée pour le ciel avant l’application de l’encre.

J’ai remouillé tout le ciel et appliqué ce mélange en contournant les nuages.

A mon avis, c’est la réalisation du ciel qui donne ou non la ressemblance avec l’estampe. Le grain satiné du papier permet de s’approcher de la régularité de l’encrage par plaques gravées. Elle m’a pris beaucoup de temps, en plusieurs passages, pour m’approcher progressivement de l’effet désiré.

Le reste de l’œuvre reprend la technique du manga : traits de pinceau et coloriages très minutieux, avec les somptueuses nuances du Bleu de Prusse. C’est là que le format pas trop petit : 30×40, de mon papier, m’a été utile.

 

4e ÉTAPE : LES COULEURS DES BARGES

Couleurs utilisées : jaune de Naples, lavis d’encre diluée quand le jaune a séché (pour salir le bois), bleu de Prusse.

Pendant le séchage du ciel, j’ai peint les barges sur fond sec car c’était des petites surfaces.

A part le ciel, j’ai travaillé tout le reste du tableau sur fond sec.

 

5e ÉTAPE : LE BLEU DE PRUSSE

En me lançant dans la reproduction de cette estampe, je me suis familiarisée avec cette magnifique couleur, qui concourt à l’attrait du tableau. Le BLEU DE PRUSSE a une nuance légèrement verte, adaptée à la mer, et présente l’avantage d’être claire ou très foncée. Mais j’ai découvert à mes dépends qu’il faut plusieurs passages pour arriver au résultat souhaité.

Dans l’estampe, elle est déclinée en trois teintes. J’ai donc préparé deux godets de couleurs liquides :

  • Un bleu très pâle pour le creux inférieur des crochets et le premier lavis des vagues,
  • Un bleu moyen pour les rameurs, les parties bleues des barges et le deuxième lavis des vagues.

Pour l’application du bleu très foncé, j’ai utilisé la couleur la plus sèche possible et ai recommencé l’opération jusqu’à obtenir la tonalité voulue, pour renforcer les contrastes. (Avec le recul, je pense que j’aurais pu repasser encore et encore pour un bleu nuit parfait car la couleur éclaircit beaucoup au séchage.)

J’ai appliqué le Bleu de Prusse très foncé sur les vagues et le Mont Fuji.

 

6e ÉTAPE : RECTIFIER LES DÉTAILS

J’ai retiré tout le liquide de masquage et retravaillé certains contours des vagues et des gouttes au pinceau fin.

 Hokusai - La Grande Vague de Kanagawa - Les couleurs

 

7e ÉTAPE : L’ENCRE DE CHINE

J’ai utilisé une encre légèrement diluée (tonalité gris foncé) pour peindre tous les contours au pinceau chinois fin. Ceci afin de ne pas écraser les couleurs avec une encre trop noire mais, au contraire, de les rehausser.

Initialement, j’avais choisi un feutre à l’encre de chine. C’est une solution pratique que vous pourrez adopter car les traits légers, réalisés sans appuyer, permettent une bonne régularité. Mais les reportages sur l’œuvre d’Hokusaï m’ont montré que les pleins et déliés obtenus par les traits de pinceau confèrent plus de vitalité aux vagues. Le choix est vôtre.

 

8e ÉTAPE : LA CALLIGRAPHIE

Je me suis entraînée à peindre la calligraphie avant de la recopier sur mon œuvre presque achevée.

Personnellement, j’ai choisi de reproduire le titre :

Sous la vague au large de Kanagawa

神 奈 川 沖 浪 裏

Mais je n’ai pas voulu reproduire la signature du maître. Les peintres chinois écrivaient sur l’œuvre copiée : « copié par » et leur nom.

Selon la méthode asiatique, j’ai apposé ma propre signature à gauche du cartouche. Mon sceau chinois étant trop gros, j’ai écrit mon prénom, Christine. Vous pourrez aussi trouver votre prénom (traduit par Google traduction, du Français au Chinois simplifié). La calligraphie est la même en peinture chinoise et japonaise.

Hokusai - La Grande Vague de Kanagawa - Tableau final

Voici mon œuvre enfin terminée. Je sais qu’elle est loin d’être parfaite mais ce défi m’a fait progresser. Je l’ai pris comme une détente, de temps en temps, petit à petit, en ne sachant même pas si j’arriverais au bout sans faire de catastrophe. Chaque étape réussie (à mon goût) m’apportait une joie simple… jusqu’à l’étape suivante.

Une vraie expérience ZEN.

J’espère qu’il en sera de même pour vous, si vous décidez de tenter l’aventure. Tenez-moi au courant. Je vous souhaite de passer de belles heures de peinture ZEN.

 

Complément d’informations :  Le retour d’Hokusaï

« Le retour d’Hokusaï (1987) » est un documentaire de 53 minutes, en anglais, de la télévision japonaise au sujet d’un projet, entrepris en 1986 : C’est le retour au Japon d’une collection de blocs de gravure sur bois, réalisés par Katsushika Hokusaï, afin de créer de nouvelles estampes selon la méthode traditionnelle. La collection avait été remise au Musée de Boston, par William S. Bigelow (1850-1926), un Américain qui avait vécu au Japon dans les années 1880.

Ce documentaire suit les étapes du processus de restauration et de fabrication, par les membres du personnel du musée de Boston, puis par les artisans japonais, afin de réaliser une œuvre d’art semblable à l’original, en tenant compte de la dégradation des couleurs en 130 ans. Après des tests en laboratoire sur l’usure des couleurs à la lumière solaire pendant 130 ans, les spécialistes ont recréé les teintes proches de ce qu’ont dû être les couleurs originales utilisées par Hokusaï.

Même si vous ne comprenez pas l’anglais, vous pourrez suivre ce travail remarquable et vous plonger dans l’univers de ce grand peintre-sculpteur.

A bientôt.

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